Art scriptural Atelier d'écriture Bachelard Deux Mil Vingt

L’avènement de l’individualité

Une pyramide Inca au milieu de la jungle. Milieu du XXème siècle. Dans une saison très pluvieuse.

Cela faisait quinze jours qu’ils étaient là, à explorer les temples et à regarder les sculptures gravées sur les murs. Ils faisaient parfois des explorations dans la jungle autour. Les serpents, les singes, les cacatoès, se retrouvaient sur les murs des temples, et parfois venaient les habiter. Sonia et Jenny prenaient des notes sur leurs carnets. Elles faisaient partie d’un centre de recherches international d’ethnologie.

– Cette pluie est celle du serpent à plumes, qui la verse abondante sur cette terre… de façon interminable.

Elles étaient à l’abri dans une vaste salle, entourées par les singes.

– Tu te rends compte que lorsqu’il ne pleuvait pas sur cette fameuse culture du Maïs qui demande beaucoup d’eau, on sacrifiait en série des vierges au sommet de ce temple, dont le sang abreuvait la gueule de ce dieu-serpent ?

– C’est un fait historique. Mais je ne veux pas comprendre l’état d’esprit de ce prêtre sacrificateur, ni imaginer l’état d’abandon de la victime. La vie humaine avait alors peu de prix, et la croyance aveuglait des esprits fanatiques. Les sculptures représentent ces vierges abandonnées au couteau du prêtre sacrificateur.

– Moi je serais devenue folle enragée et aurait tout fait pour retourner l’arme contre le prêtre.

– Et si, cette nuit, on faisait une célébration pour venger la détresse des victimes et tuer le prêtre ?

Alors elles se mirent à élaborer cette messe noire, dans la fierté de se dresser contre l’ordre établi, contre le bien public, contre ces profits de Maïs que cette pluie faisait croître.

Amada et Rico, leurs compagnons, se joignirent à elles. Ils confectionnèrent une forme d’épouvantail pour représenter le prêtre sacrificateur, et la hissèrent à la cime du temple.

Jenny dit :

– Je suis cette vierge qui refuse de mourir pour ta prospérité, prêtre.

Et elle planta un coup de couteau à l’épouvantail.

Amada dit :

– Je suis l’amant de cette vierge et je refuse qu’elle meure pour ton profit, prêtre.

Et il planta un coup de couteau dans l’épouvantail.

Sonia dit :

– Je ne suis pas vierge et c’est en cet état que je refuse de mourir pour le profit d’un prêtre dont le couteau souhaiterait mon dépucelage.

Et elle lui planta un coup de couteau.

Rico dit :

– Je suis l’amant de cette femme qui n’est pas vierge et dont le pucelage ne m’intéresse pas, qui ne m’est pas nécessaire comme trait de notre union, par ailleurs éphémère.

Et il lui planta un coup de couteau.

Puis ils mirent feu à ce sacerdotal, et la pluie n’éteignit pas ce feu alimenté par une huile.

Et les braises tombèrent dans la gueule du serpent.

Le lendemain matin, la pluie s’était arrêtée et le soleil se levait parmi les brumes.

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