Art scriptural Atelier d'écriture Bachelard Deux Mil Vingt et Un

C’était… C’est devenu… Ce sera…

C’était une dépossession de soi, devenu un étranger à moi-même, quelqu’un qui zone de malentendus en quiproquo, un être profondément blessé qui a peur qu’on lui fasse de nouveau du mal, et tient à distance quiconque tente de s’approcher. C’était devenu le régime de la terreur, à ne plus savoir qui travaille pour ou contre la révolution, révolution permanente changeant sans cesse de points de repères, favorisant l’esprit girouette et désorienté. Une boule à facettes réfléchissant la lumière, un miroir aux alouettes, focalisant les projections les plus diverses de la figure de l’ennemi. C’était une angoisse permanente, un câble à haute tension tendu à l’extrême, prêt à céder au moindre pincement, au moindre frottement, comme la corde d’un violon désaccordé. C’était la terre qui se dérobait à me porter, s’ouvrant sur un abîme, un gouffre, un néant.

C’est devenu un arrangeur de bric et de broc, une boutique de bric à brac ouverte aux quatre vents, une lecture assidue de textes complexes qui parlent d’un état d’être au monde différent, d’un mode de procéder différent, un écouteur de musiques et de silences, un gémissement qui dit le plaisir comme une plainte, une poétique de presque rien, du pas grand-chose, du c’est déjà ça. Un présent quasiment insaisissable, entre les rémanences du passé et les inquiétudes de l’avenir, à quoi bon ? C’est devenu un laisser-aller le cours des choses, un lâcher-prise sur ce qui est perdu, une attente espérante d’un sourire, d’un rayon de soleil, d’un coup de vent. C’est devenu petit à petit un être libre sur lequel rien ni personne ne pouvait plus avoir de prise, un canard qui laisse l’eau glisser sur son dos et rejoindre la marre.

Ce sera une belle vie, nécessairement, car il ne supporte plus la laideur. Ce sera une vie authentique et vraie, car il ne supporte plus le mensonge. Ce ne sera pas une vie si différente, seulement il sera devenu plus sensible aux détails, aux nuances, à son besoin de paix. Bien sûr on viendra encore le chercher pour une énième bataille, mais il aura construit à force d’essais, à force de tâtonnements, à force d’ébauches, à forces de brouillons, à force de silences, de notes, de formes, de couleurs, de mots, cette harmonie qu’il n’a jamais cessé de chercher.

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