Art scriptural Atelier d'écriture Bachelard Deux Mil Vingt et Un

L’étranger

Les lieux nous habitent autant que nous les habitons. D’ailleurs c’est quand je suis de passage, quand j’habite temporairement un lieu que je le comprends davantage. C’est quand je suis à l’étranger que tout me paraît délicieusement familier. C’est quand je ne suis pas chez moi que les lieux m’habitent le plus. J’ai choisi pour domicile un lieu qui m’habite peu, un lieu à la campagne, en silence, avec des cloches, quelques cris d’enfants, des chants d’oiseaux, des hululements de chouette, des paysans, des chasseurs et des ouvriers, des routiers en transit, pour ceux qui m’intéressent. Depuis, quand je reviens dans le quartier de la Fontaine d’Ouche que j’ai habité avant, je n’y suis que de passage et n’y suis plus oppressé par le bruit des moteurs, des travaux, des voix fortes. Habiter un lieu et y être étranger, c’est le sentiment que j’avais quand j’habitais ce quartier, où tout m’oppressait, me dirigeait vers la sortie. Désormais, il n’est plus si violent, il est exotique. Cela me rappelle ce temps où je travaillais dans les vignes et revenait parfois en ville. Cette fois là, c’est moi qui était exotique, le teint hâlé par un soleil du mois de février, le corps fort et souple, et ma présence, la présence de ce corps occupé toute la journée au dehors à brûler les vieux bois, à se réchauffer à son brûlot, son odeur de fumée, attirait à moi des regards, les regards de ceux qui voulaient s’échapper de la ville. Aujourd’hui je ne suis de nulle part, toujours en voyage, toujours en exil, même sur une zone géographique resserrée. Vitteaux, Venarey, l’Auxois, Barbirey-sur-Ouche, Bligny-sur-Ouche, la vallée de l’Ouche, Fontaine d’Ouche, Dijon, le grand Dijon et Dijon métropole sont des lieux que je traverse, qui m’habitent profondément, et où, toujours et partout, je suis étranger, où je salue avec la politesse et l’humilité de l’étranger, m’excusant presque de n’être pas chez moi. J’ai perdu ma demeure, je suis en location de locaux transitoires, j’ai décoré les murs avec mes peintures, je l’envahis de musique, et j’y médite pour que toujours, partout, mon corps soit l’unique lieu de ma présence. A partir de là, je suis partout chez moi.

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