Anawega Art scriptural

Anawega – Feuillet cinq

Je me fis un café et sortis le boire en fumant
Il était six heures environ
Un soleil tendre et rose se levait à l’horizon
Je le regardais se détacher petit à petit de l’horizon
Et au moment de la séparation une grande émotion et une larme de joie jaillirent
Je me sentais détendu apaisé
Il y avait trop de questions pour quelque réponse que ce fût
Et je pensais à ce que les Kawaïs appellent le Grand Mystère
J’allais faire la traite du matin
Puis alla fouiner dans la grande armoire
Où il y avait une belle robe rose de ma mère
Je décidais de la prendre pour confectionner la poupée
Je pris ses aiguilles et son fil rouge
Et de vieilles nippes à mon père pour fourrer le corps
Et je fabriquais cette poupée
En faisant une capuche pour tenir la tête avec de la ficelle pour serrer
Et le même principe de demi-gants et demi-chaussettes
Sur la grosse pierre je collais de la laine marron et de la laine jaune
Et y enfilais les trois plumes
Mon présent était prêt pour notre avenir à moi et Anawega
Et je réfléchissais qu’elle était comme une ombre inconnue que je devais porter à la lumière
Ou bien comme une enfant que je n’aurais pas encore mise ou monde
Mais je restais troublé par ces mots plus simples et plus définitifs
Je suis toi-même
Nous étions dimanche et les cloches sonnèrent
Et comme à mon habitude je ramassais un morceau de pain
Que je mâchais durement
Arrosé de vin rouge
Le goût de cette chair dans la bouche
Je fais cela en mémoire de lui
En mémoire d’eux
Et une pensée particulière pour ma mère
Aujourd’hui est une journée pour ne rien faire
Je vais pêcher
Cette fois Betty ne se montre pas
Elle prie
Je vais à l’endroit où nous étions allés
Et je m’assieds mais renonce à pêcher encore
Tu es un drôle de bonhomme
C’est drôle la solitude ne me pèse pas
C’est comme si elle était là avec moi silencieuse à chercher à attraper des papillons
Le centre de mon thorax s’ouvre
C’est comme un prisme qui de la lumière blanche du soleil ferait un arc en ciel
Le soleil est doux et chaud
Confortable
Il y a une légère brise qui siffle
Je respire
Et je repense à la poupée
Elle est comme une part de moi dont j’accouche
J’ai un peu honte de ce présent
Et ce présent quel avenir prépare-t-il
C’est comme un chose insensée
C’est quelque chose de déplacé
Je me sens par trop insolite
J’ai peur de l’offrir à Ankagaï
J’ai peur de la réaction d’Ulinoï
L’homme médecine me prendra pour un fou
Et la tribu entière se moquera de moi
Je ne sais que penser de cette Plume légère
En même temps Anawega fait que ma solitude s’est envolée
Je me sens maintenant en compagnie où que j’aille
La sienne et celle des autres
En définitive je ne pêche pas
Je me baigne dans l’eau froide du torrent
Un long moment à sentir l’eau couler sur moi
Puis je remets mes habits à même cette eau sur mon corps
Je n’ai pas froid
Je suis vivifié
C’est demain la pleine lune
Je prends ma canne et décide de taquiner l’ablette
Je repense à mon éternelle solitude
Enfant déjà sur la touche pendant les récréations de l’école
Où merci bien je ne suis pas resté trop longtemps
Et mon père
Sa manière bourrue de m’enseigner l’école de la vie
Le travail
Il n’était pas vraiment loquace mais je savais tout de suite
De cœur à cœur
Quand il était satisfait et heureux de l’aide que je lui apportais
Trop souvent je faisais les choses à rebours
Alors il me disait que si on ne fait pas les choses de bon cœur
Il est inutile de les faire
Et j’ai appris ainsi à travailler en aimant travailler
Et alors que le temps était agréable
Mais il était un travailleur intensif
Ce qui n’est pas mon cas
Je contemple bien plus que je n’agis
J’écoute les pépiements des oiseaux autour de moi
Parfois un corbeau qui a trouvé de quoi manger appelle ses camarades
Parfois un chien aboie au village
Les cloches sonnent midi
Au village les gens sortent du temple
J’ai tiré deux ablettes
Je les prépare et les mets dans ma besace
Je prends le chemin du retour
Je prends mon temps
J’aperçois Betty et sa famille un peu plus loin
Elle me lance un grand bonjour monsieur Tom
Et me dit vous êtes bien joli aujourd’hui
Son père me salue
Sa mère n’a pas l’air d’apprécier
Je souris largement puis je ris
Bonjour Betty
Je pense que ta maman voudrait que tu sois sage
Elle part d’un grand rire
Sa mère cette fois est furieuse
Vite oublié l’idéal d’amour et de paix prêché par le pasteur
Betty me lance un bisou puis obtempère sur le chemin de la demeure familiale

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