Anawega Art scriptural

Anawega – Feuillet huit

Il s’éveilla
Prépara le café
Fuma une cigarette
Alla traire les vaches
But un grand bol de lait frais et chaud entier
Puis prit la charrette à bras pour aller au foin
Il était temps de les rentrer
Il sentait bon l’herbe et la fleur séchée
Il travailla toute la matinée
Cette fois ci pas d’appel
Mais il sentait une présence danser autour de lui
De ses gestes de travail
Jusqu’au milieu de l’après-midi il fit les allers et retours au grenier
La récolte était abondante
Il ne pourrait finir seul
Il aimait les choses mûries par le temps
Puis il se prépara un repas copieux
Avec une tranche de lard
Trois œufs
Et du fromage frais battu dans l’omelette
Avec le sel le poivre et la ciboulette
Accompagnés d’une salade
Puis s’enfonça dans le rocking-chair
Et dormit d’un sommeil sans rêves
A son réveil il but un grand verre d’eau
Le soleil était au couchant
Il sortit sur le perron
Plus loin là-bas près de l’église
Sur la place
Des enfants jouaient
Cris farouches des garçons
Cris d’attaque envers des filles farouches
Qui criaient de fausse indignation et de fausse frayeur
Enchantées qu’elles étaient de se prêter au jeu
Alors Tom sentit une vague de chaleur envahir son visage
Il rougissait devant cette rencontre qui l’attendait
Devant ce présent qu’il alla chercher
Devant cet aveu
Bon Dieu qu’il fallait du courage pour accepter l’humidité
L’humilité
Les humiliations ne sont que des peurs qui empêchent de vivre l’amour
Alors il leva son regard vers cette colline qu’il allait falloir gravir
Pour rejoindre les Kawaïs
Et leur raconter cette étrange histoire
Il était l’étranger
Que n’allait-il pas déranger dans cette tribu avec son insolite insolence
Il se mit en route
Il remarqua sur le vieux hêtre le corbeau
Celui qui connaissait l’histoire
Celui qui savait d’où il venait et où il allait
Celui qui observait son cheminement
Sur ce sentier de l’existence
Jamais il ne s’était senti aussi vivant
Aussi fragile
Puis il tourna le sentier
Et la lune apparut
Dans le clair obscur de ce début de nuit
Elle était ronde et pleine et énorme
Là juste au-dessus de l’horizon
Elle était sanguine
Cette part de la terre qui s’était détachée d’elle
Pour graviter autour d’elle
Pour danser autour d’elle
Cette lune espiègle
Qui jouait avec les hommes
Pour les enseigner
Parfois pour donner des leçons
A travers les apprentissages
Mais il savait que comme elle s’était détachée de la terre
Il fallait se détacher d’elle pour commencer à comprendre
Il entendit les tambours
Peaux des animaux qui avaient donnés leur vie pour perpétuer celle des hommes
Et le son de leurs peaux tendues résonnaient comme une mémoire
Comme une gratitude
Comme un cœur qui continue de battre sans organe
Et son cœur à lui bien vivant
Son cœur battait la chamade
Son cœur se serrait
Son cœur se dilatait
Son cœur faisait circuler dans tout son être cette lune de sang
Les femmes et les hommes étaient réunis en cercle autour du feu
Avec les enfants
Certains le regardaient approcher
Il se sentait beau dans leurs regards
Ankagaï prit la parole
Anawega je te salue
Un homme prit la parole
Je me nomme Azema
Anawega je te salue
Un autre prit la parole
Je me nomme Bronoï
Anawega je te salue
Un troisième prit la parole
Je me nomme Danissamè
Anawega je te salue
Anakgaï parla
Anata, notre femme médecine, m’a parlé
Les esprits sont venus parler à ton esprit
Et les esprits lui ont parlés
Nous célébrerons ce soir la naissance de la femme qui rejoint notre tribu
Et en ce sens c’est à Ulinoï de prendre la parole
Ulinoï parla
La solitude t’accompagne depuis tout ce temps où la vérité t’est restée cachée
Notre accueil te surprend peut être
Et je vois qu’elle te surprend dans la joie
Mais que la joie est encore un secret de ton âme
Tu as proposé un marché
Tu as renoué le lien
Tu t’es attaché à la vérité
Tu dois encore beaucoup apprendre et je t’enseignerai
Je voudrais maintenant que tu remettes ton présent à la tribu
J’ai proposé un marché
Mais j’ignorais à quel point il allait m’engager
Mon père a obtenu ses terres sur celles des Kawaï
Je les remets en partage
Je ne comprends rien
Mais à votre accueil je m’oriente
Vers cette nouvelle naissance
J’ai confectionné une poupée de chiffons
Avec un drap rose de ma mère
Il est plein des guenilles de mon père
Et j’honore leur mémoire
Des pierres forment ses pieds, ses mains et sa tête
Puissent-elles réaliser dans la matière ce que mon esprit conçoit
Ce que mes mains peuvent fabriquer
Et là où mes pieds me mènent
Elle porte trois plumes
Une plume de corbeau
Pour veiller sur notre histoire
Une plume de pie
Pour partager votre histoire
Et une plume de colombe
Pour que nous allions en paix
La poupée m’a dit comment je devais la confectionner
Avec ce que j’ai trouvé sur le chemin du retour de votre campement à ma ferme
Et elle m’a dit son nom
Anawega
Elle m’a dit qu’elle était moi-même
Je pensais que j’étais double
Mais votre accueil me prouve que je suis dans l’unité
Je voudrais en faire un présent à la dernière née de la tribu
Pour garantir notre futur

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