Anawega Art scriptural

Anawega -Feuillet sept

Il regarda le révérend repartir assis sur sa terrasse de bois
Le village était calme là-bas
Il fuma une cigarette
Et regarda la fumée s’envoler vers les cieux
La journée était belle
Le soleil donnait en oblique sur le paysage
Il annonçait que bientôt les nuits allaient croître
Et le jour allant décroissant
Après ce moment d’équilibre
C’est demain la pleine lune
Il se leva et marcha par delà le torrent
Il entra dans la forêt
Il s’arrêta un moment à l’orée du bois
Tout était silencieux
Et puis ce pépiement d’oiseau
Alors il reprit sa marche
Et un autre répondit
Les oiseaux chantaient sur les couronnes des arbres
Il sentait la terre en dessous de lui
Cette force de la gravité
Il sentait qu’il s’enracinait
Et en même temps ses esprits s’ouvraient
Il les recevaient
Il percevait
Il remarqua quelques signes gravés dans l’écorce des arbres
Comme des peintures
Des tâches de couleurs
Des signes d’écriture
Et les mousses
Il déambulait parmi les arbres
Il était vertical parmi eux
Et sentait le lien
En son cœur la terre et le ciel s’accomplissaient
S’unissaient
S’accouplaient
Il était une chambre nuptiale
Il sentait leurs chaleurs
Et son souffle se faisait plus rapide
Haletant
Il s’arrêta de nouveau
S’accroupit
Pris une poignée de feuilles et de terre dans ses mains
Une larme coula
Il soupira
Il regarda autour de lui
Les lumières et les ombres ondulaient au gré du vent dans les cimes
Il n’était pas très loin de la source
Pas très loin de la grotte
Il écouta attentivement
Il entendit un filet d’eau ruisseler
Il avait envie de remercier pour cela
Il resta un bon moment accroupi
Le soleil déclinait
L’air devenait plus frais
La terre plus humide
Il restait là
Il n’avait pas froid
Il avait envie de la nuit
Et alors il remarqua la lune
Proche du lointain
Proche de l’horizon
Presque pleine
Quand la lune est pleine elle se met à décroître
Et il songea à cela
A cette décroissance qui l’attendait
A cette nuit obscure
Avec l’angoisse en amour enflammée
Cette fois il se sentait seul
Mais en paix avec lui-même
En amour pour lui-même
Il n’est pas encore temps
Demain la lune sera pleine
Puis après il faut laisser les choses advenir
Il voulait fêter cette apogée
Il sentait l’énergie parcourir son corps
Il se mit à trembler comme une feuille agitée qui va se détacher
Il entendit la chouette hululer
La sagesse parle
Il est temps de rentrer
La nuit était claire
Il retrouva le torrent
La lueur de la lune jouait dans ses cascades et ses tourbillons
Il était temps de dormir
Il rentra et s’allongea sur le vieux canapé de cuir
Usé par les chiens
Il plongea sa tête dans l’odeur de cette vache
Et mit une couverture sur lui
Et s’endormit immédiatement
Il était enfant
Il y avait une partie de cache-cache dans la forêt
Il était caché derrière un vieil hêtre
Et ses compagnes et compagnons le cherchaient
Il entendait appeler
Anawega
Puis la lune devint énorme
Tout devint clair comme en plein jour
Et puisque personne ne l’avait trouvé
Il annonça je suis ici maintenant
Et puis tout le monde rit
Et dansa une ronde autour de ce vieil hêtre
En chantant
Plume légère
Vole au vent
Plume légère
Au dedans
Plume légère
Plonge dans la nuit
Plume légère
Écrit sur la terre
Plume légère
N’a pas oubliée de voler

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