Anawega Art scriptural

Anawega – Feuillet treize

J’ai si bien été à l’école des blancs
Que j’ai fini par penser comme eux
Et même plus banc qu’eux dit Anawega
Car j’ai reçu dimanche le révérend père George
Et lui aie raconté mon histoire
Qu’il comprenait mieux que moi
Moi je t’appellerai Tom dit Andrew
Ne recommence pas Andrew
Laisse-le, il est soit trop petit soit trop grand pour comprendre
Il a treize ans et crois mieux savoir que moi
Cela ne me blesse pas John
Restez dîner avec moi et je vous raconterai l’histoire
Anawega fit griller un côte de bœufs
Et des pommes de terre avec de l’ail et du persil
Et ils partagèrent
Tom dit
La semaine passée je suis allé chez les Kawaï
Pour proposer à Ankagaï de partager mes terres
Et je dois apprendre leur langue et leur coutumes
Grâce à l’œuvre d’Ulinoï
Ma proposition a été acceptée
Mon père s’est installé sur leurs terres
Et c’est un juste retour des choses
Raconte-moi Anawega comment ton père a acheté ces terres
Ils n’avaient pas de titres de propriété sur ces terres
Ce qui fait qu’avec la loi il était facile de les leur voler
Selon la loi de l’homme blanc ces terres n’appartenaient à personne
Elles sont tombées dans le bien public des blancs
Qui les ont redistribuées aux colons
J’ai d’ailleurs fait un rêve où le soleil crachait un éclat de feu sur les terres de la ferme
Et j’y aie repensé
Alors je suis allé les trouver pour partager mes terres avec eux
Et aujourd’hui je partage bien davantage
Ils m’ont convié à la hutte de la pleine lune d’automne
Qui avait lieu hier
Je devais apporter un présent comme gage d’avenir
Et je savais que cela était très important
Sur le chemin j’ai trouvé quelques ossements d’oiseau
Des pierres qui me plaisaient
Et trois plumes
Une de corbeau
Une de pie
Et une de colombe
Et la nuit j’ai su quoi en faire
Une poupée
Avec un tissu rose d’une robe de ma mère
Un collier d’ossements
Et les plumes pour la tête
La plume de corbeau pour la mémoire de notre histoire aux Kawaï et à moi
La plume de pie pour la richesse de l’histoire des Kawaï
Et une de colombe pour que nous allions tous en paix
Un jour je faisais les foins
Et la poupée est venue me parler
Je me nomme Anawega
Et je suis toi-même
Ça me fait penser que je n’aie toujours pas fini de les rentrer
Le révérend est venu
Il m’a dit que la poupée lui faisait penser à celle qui était dans mon berceau enfant
Je suis allé la nuit de la pleine lune d’automne chez les Kawaï
Et ils m’ont salué par mon nom
Par ce nom nouveau
Par cette identité nouvelle
Anawega
Même si j’étais affermi
Ils m’ont accueillis par ce nom
Plume légère
Ce nom de femme que je porte aujourd’hui
Et qui est mon destin
J’ai participé à la hutte des femmes
Quand tu as raconté cette histoire dit John
J’ai parfois pensé que tu étais devenu fou
Mais tu es Anawega
Tu es une Kawaï aujourd’hui
J’aurai besoin de toi John
Pour rentrer les foins
Pour retourner la terre
Pour travailler avec moi et les Kawaï
Tu auras ta part
En argent et en nature
Sur cent que je percevrais tu auras trente
Et je cherche encore un autre personne pour travailler avec nous
Mais pour l’instant rien ne presse
Nous verrons
Il est temps que nous rentrions maintenant
Que la nuit te soit douce
Merci Anawega dit John cette côte de bœuf était délicieuse
Merci Anawega dit Rose-Marie
Merci Anawega dirent les enfants
Et ils s’embrassèrent
Dehors le ciel était dégagé et les étoiles brillaient
Nous rentrons le foin demain dit Anawega
Entendu dit John je viens au matin
Belle nuit sur vous
A Dieu
Anawega débarrassa la table et fit la vaisselle
Puis elle vint fumer une cigarette sur le perron
La pluie avait cessé peu après l’arrivée de la famille de John
Le soleil avait brillé
Le temps était bon pour les foins
Elle remercia de ces témoignages d’amour qu’elle avait reçu
Puis alla se coucher
Elle s’endormit rapidement au coin du feu
Dans son rêve elle marchait dans le village
De nombreuses personnes allaient et venaient
Et personne ne la reconnaissait
Et personne ne faisait attention à elle
Elle avait l’impression d’être devenue transparente

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