Anawega Art scriptural

Anawega – Feuillet vingt-et-un

Ce fût une flèche en plein cœur
Il vint s’asseoir à coté d’elle et lui dit
Bati, Anawega
Kero missas i folias
Por lieges, Aya
Elle ne comprit pas
Il partit dans la forêt
Elle mangea
Il revint avec de la mousse et des feuilles
Et les disposèrent sur le sol au pied de la source
Puis il lui prit la main et la fit étendre
Et s’allongea à côté d’elle
Il serra ses hanches, palpa l’intérieur de ses cuisses, ses seins
En l’embrassant
Elle se relâcha
Elle ne résistait plus
Alors il défit sa robe d’indienne
Continuant de la caresser
Défit adroitement les nœuds du lin en soulevant adroitement sa taille
Puis il mit à nu son sexe d’homme gonflé de désirs mais non encore dressé
Et le présenta à la bouche d’Anawega
Qui le prit entre ses lèvres
Une odeur fauve la fit saliver
La salive coulait hors de sa bouche sur la verge
Alors elle suça ce sexe comme un bébé tête le sein de sa mère
Sa bouche allait et venait
Sa langue goûtait un liqueur anisée qui coulait au méat du gland
Sa langue léchait parfois
Enfin elle étanchait sa soif
Puis d’une main et délicatement Sadio la fit basculer face contre terre
Elle tourna le visage et au loin un renard la regardait
Elle fondait comme du miel et avait le goût de son lait à la bouche
Les oiseaux chantaient
Alors il pénétra lentement en elle
Et le souffle d’Anawega se fit plus profond et plus ample
Son cœur battait lourdement en accélérant au fur et à mesure
Qu’elle accueillait la douleur en même temps que la joie d’être comblée
Puis il va et il vint
Et à chaque recul elle avait peur de le perdre
Et à chaque avancée elle sentait sa blessure qui se faisait plus douce petit à petit
Jusqu’à ce qu’il glisse naturellement en elle
Elle sentait son sexe recroquevillé qui coulait de plaisir sa liqueur transparente
Elle était humide
Alors il accéléra
Il redoublait d’efforts
Il haletait
Elle s’abandonnait
Elle se sentait ouverte, offerte, sans résistance
Vaincue
Alors il céda
Et elle gouta sa victoire sur les forces de l’homme
En même temps qu’elle en recueillait l’essence en elle
Ils basculèrent sur le côté
Lui toujours en elle
Et il s’endormit
Pendant que le renard et Anawega se regardaient
Et elle regarda sur ses arrières l’homme qui avait vaincu ses méfiances
Elle se défit de son étreinte
Le sexe relâché de Sadio glissa hors d’elle
Elle prit dans son sac son nécessaire à tabac
Se retourna vers lui avec un peu de distance
Roula un cigarette et la fuma en l’observant qui reposait
Son visage détendu lui donnait l’apparence d’un vieillard redevenu enfant
Et à ce moment là le temps n’existait plus
Il n’y avait plus que ce moment là
Au crépuscule
A observer le calme de Sadio
Elle se tourna sur le dos
Et observa les étoiles apparaître dans le ciel une à une
La lune décroissait tranquillement
Une chouette hulula
Et elle s’endormit à son tour dans le clapotis de la source
Lorsqu’elle s’éveilla Sadio n’était plus là
Il était déjà reparti vers ses chasses
Et elle se sentait gibier vaincu dans sa fuite éperdue
Elle but de nouveau l’eau de la source
Elle se sentait seule au monde
Au milieu du chant des oiseaux des notes de silence l’assourdissaient
Alors elle regretta de s’être donnée si facilement
Elle regretta de n’avoir pas mieux défendu l’entrée de son temple
Elle se sentait flouée dans cet échange
Elle se sentait salie
Alors elle se lava à l’eau claire de la source
Et s’habilla en respectant son vœu de fidelité à Anawega
C’était la première blessure
Mais elle était debout
Elle était davantage digne, davantage fière devant l’indignité de Sadio
Elle se remit en marche vers sa demeure
Elle marchait d’un pas rapide
Elle sentait des présences qui la contemplaient
Déchirant les brumes de ce matin froid et humide
Elle avait chaud
Elle avait le rouge aux joues
Elle ravalait sa salive mais ne ravalait pas sa fierté
Elle se sentait belle, libre et effrontée
Elle entendait le village se réveiller doucement
Elle était déjà en pleine vie
Elle arriva chez elle
Elle prépara un café et une cigarette
Elle bût le café en prenant le temps de fumer
Une pluie fine tombait doucement et régulièrement
Il faisait un peu froid, elle s’enroula dans son châle sur le rocking-chair
Et se demanda pourquoi, la veille, quand Sadio avait joui en elle
Elle s’était sentie si sûre de sa victoire
Et pourquoi ce matin, devant son absence, elle s’était sentie trahie
Et repensa à comment cette solitude l’avait rendue à sa liberté, à sa fierté
Le départ de Sadio était un présent déguisé
Il signifiait que Sadio ne se sentait pas redevable
Mais elle non plus ne lui devait rien
Et dans cette liberté revenait la solitude
Avec son amertume, mais aussi le sel de ce moment partagé
Alors elle se sentait en paix
La phrase lui revint
Aya noyo bati noyo meli
Misa noyo fali noyo meli
Le serpent n’est ni bon ni mauvais
De même qu’il n’est ni mâle ni femelle
La pluie tombait, il y avait un peu de vent qui emportait les feuilles des arbres
Alors elle décida de laisser son esprit reposer
Et de ne plus être en lutte, ni avec Sadio, ni avec elle-même
Il n’y avait ni vainqueur ni vaincu
Mais seulement le souvenir de ce corps à corps, de cette lutte
Qui la rendait belle, qui la rendait fière
Salo Sadio
Salo Ayé
La paix soit avec toi Sadio
Que ce jour t’apporte la paix

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