Anawega Art scriptural

Anawega – Incipit

Routes parsemées de fleurs
Arbres embaumés d’odeurs
Chant de l’oiseau à l’éveil du soleil
Papillon qui virevolte dans le pollen
L’abeille butine son miel
Et l’ours pêche une truite
Dans le torrent tumultueux
La terre lourde des fruits qu’elle porte en elle
Le ciel qui tourne à l’orage pour lui reprendre sa puissance électrique
Et soudain tout pivote sous la pluie
Floc et floc et froc trempé
Mes cheveux mouillés qui dégoulinent sur mon visage
Je cours vers le village
Et reprends mon souffle éperdu devant une tasse de café
Je m’ébroue les cheveux et sèche mon visage sur la serviette de corps
Et j’allume une cigarette en écoutant le tonnerre gronder
Et c’est alors qu’une carriole s’arrête devant la maison
C’est mon voisin Nash qui vit à trois miles d’ici
Accompagné de Sam son fils
Tous deux abrités dessous leurs manteaux
Je les fais entrer et leur sert le café
Ils étaient partis voir le bois dessous la colline des près
Et se sont fait surprendre par l’orage
Celui ci ne s’est pas annoncé
Du bon temps pour les maïs qui demandaient un peu d’eau depuis belle lurette
Il a failli sécher sur place à attendre la pluie
Et le reste à l’avenant
Mais le tabac demande moins d’eau
Ashwaë a donné à Nash cette année une ancienne variété
Cultivée par les Kawaïs depuis des lustres
Et parfumée comme un pain d’épices
On s’en sert une tranche avec le café avec un peu de beurre
Tom raconte qu’il a levé un lièvre l’autre jour avec sa chienne Yehou
Et Nash l’a tiré d’un seul coup de carabine
Je t’apporterais de la terrine
C’est quand même malheureux qu’un homme comme toi vive sans femme
Tu n’es pas idiot et pas plus fainéant qu’un autre
Passe nous rendre visite à l’occasion
La pluie a cessée, les nuages se sont écartés
Quelques uns s’effilochent et s’égratignent sur le soleil
Étalant sur leur coton des teintes orangées et pourpres
Je les regarde s’éloigner sur le chemin au pas de la porte
Je nettoie la table et range les reliefs du casse-croûte
Puis je m’assieds, la tête vide
À regarder le soleil décliner
Et à goûter cette amère solitude qui ne m’a plus lâchée depuis ma dix-septième année
Mais je suis bien ainsi
Enfin, mieux qu’autrement
J’aime le silence
Le pépiement des oiseaux
La tranche de pain, la tranche de lard
Et le verre de vin
Le soleil a fini de s’éteindre
Il avait des couleurs magnifiques après la pluie
De gris, de roses, d’oranges et de rouges
Il est descendu derrière la terre éclairer d’autres peuples
Je n’ai pas sommeil
Je fais un petit feu
Ce n’est pas réellement que j’aie froid
Mais il me tient compagnie
Je m’assieds sur le rocking-chair
Dans le bercement je repense à ma mère
Que je n’ai pas connue
Mais dont mon père parlait tellement souvent qu’elle m’est familière
Morte en me donnant la vie
Éteinte quelques heures après mon éveil
Éteints à jamais son sourire ses cheveux blonds et sa jeunesse
Elle avait suivi mon père ici en quittant sa famille
Pour s’installer sur les nouvelles terres arrachées aux indiens
Il y avait des opportunités
Ils s’étaient connus à la foire de Nashville
Mon père cherchait un reproducteur
Et elle vendait le lait crémeux de leurs vaches
Les foins pourront encore attendre
Son père avait toujours gardé un air triste et fermé
Ne s’était jamais remis de la disparition de son amour
Et avait trop de travail avec la ferme
Et d’ennuis avec cette terre qu’il n’était pas sûr de garder
Réclamée par les indiens
Il s’était battu pour la conserver
Solidaire avec les autres paysans
Et ils y étaient parvenus
Après des luttes de tribunal
Les indiens ne pouvaient produire aucun titre de propriété
Cela restait simple à part quelques échauffourées
Et quelques hectares avaient étés attribuées aux Kawaïs
Ainsi qu’un droit de chasse sur les terres qui posait problème à quelques radicaux
Mais mon père leur avait permis de poser leurs pièges sur ses terres
Et leur vendait du lait et du miel contre quelques gibiers
Et une bonne entente s’était installée
Cordiale de la part de mon père
Distante de la part des indiens
Qui conservaient une grande rancune contre les blancs
Après la longue marche des larmes
Qui les avaient déportés d’est en ouest
Et sur la longue route beaucoup de vieillards, de femmes et d’enfants étaient morts d’épuisement
Si bien que d’un millier que comptaient leur tribu
Ils sont arrivé à peine trois cents ici
Et des cent cinquante hectares attribués d’abord il leur en restèrent à peine cinquante
Le feu craque et jette une flamme bleue
Et envoie une braise sur le tapis
Déjà troué de tant d’autres braises
Mon père s’était installé sur leurs anciennes terres
Sans connaître leur histoire
Un bureau de Nashville attribuait des lopins
Il en avait acheté un avec les économies familiales
Andréas avait trente ans et Siloë à peine vingt quand elle est morte en couches
Elle était d’origine scandinave et lui d’origine italienne
Troisième génération sur les terres américaines
Il était mort pendant la guerre de sécession
A quarante sept ans
Dans ma dix septième année
Je m’endors lourdement sur le rocking-chair
Dans mon rêve le soleil brûle comme un feu
Jetant des flammèches désordonnées
Bleues, oranges et rouges
Et tout à coup il craque comme un tonnerre
Et jette une braise qui tombe à quelques pas de ma ferme
Et enflamme la prairie

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