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Flamenco

Il est assis sur un banc. Pas d’ici, mais d’où ? Paraît un peu perdu. Vous l’observez du coin de l’œil. Et alors ?

Elle est asise sur un banc. Elle a trois gros sacs Tatie. Elle farfouille dans le premier, en sort un sac poubelle. Elle farfouille encore, trouve dans le sac poubelle du sac Tatie un sac en plastique bleu, et en sort une boîte de thon. Elle farfouille encore et encore, pendant dix bonnes minutes, mais ne trouve rien. Elle me regarde l’air un peu folle. Elle fait une grimace, détourne le regard, puis illico me regarde à nouveau. Cette fois-ci c’est moi qui détourne le regard. Je sors de mon sac une bouteille d’eau, et boit quelques gorgées. Elle me regarde de trois-quarts, hausse le sourcil, puis vient rapidement vers moi.

« Aqua ? Por favor… »

Je lui souris et lui tend la bouteille. Elle voit à bonnes lampées.

« Gracias, muchas gracias, Senor. »

Puis elle retourne sur son banc. Elle fouille encore dans ses sacs, l’air inquiet, et me regarde de temps en temps, en souriant. Elle est édentée. Puis elle lève les mains, les yeux au ciel, soupire puis regarde la pointe de ses chaussures. Un long moment. Puis elle me regarde, montre la boîte de thon, et fait le geste de tenir à la main une fourchette, en allant de la boîte à sa bouche. Cette fois-ci c’est moi qui monte les mains au ciel, en haussant les épaules. Elle fait une grimace, puis tout en me regardant elle ouvre la boîte. Elle pose la boîte sur le banc, et tenant du bout des doigts le couvercle, elle va le déposer dans la poubelle. Elle revient, et mange le thon du bout des doigts. De temps en temps, elle me regarde du coin de l’œil. Quand elle avale le thon, elle fait les gros yeux. Quand elle a fini de manger elle range ses sacs pendant dix bonnes minutes. Puis elle recoiffe ses cheveux noirs, les enserre dans une pince, défroisse sa robe, lève le visage vers le soleil éclatant de ce jour froid d’hiver, et se met à danser. Quelques personnes s’arrêtent, elle tourne, ses cheveux se défont, elle les détache, ils tournent autour d’elle, elle tourne et tourne encore, ses bras montent ou descendent le long de ses mains gracieuses. Elle reçoit cinq ou six euros, fait la révérence à chacun, puis ramasse ses sacs et vient s’asseoir à côté de moi. Je lui roule une cigarette, et nous fumons. Je lui tend la bouteille d’eau et lui dis :

« Muchas gracias, Senora.

– Hablas espanol ?

– Solo un poco…

– Un poco solo ? Soy sola tambien ! »

Puis je reprends mon sac, et je lui fais signe de me suivre.

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