Art scriptural Atelier d'écriture Bachelard Deux Mil Vingt Deux

Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon, j’ai commencé à fondre… Je me souviens très bien des signes avant-coureurs.

Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon, j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des signes avant -coureurs. Avant, j’étais dans le congélateur, je ne me rendais pas bien compte. Le froid, c’était la température ambiante. Puis elle est venue me chercher. Elle m’a sorti du bloc, a bien regardé mes crevasses et mes fissures, et elle m’a dit : « Toi, tu es un glaçon ! ». Déjà la température n’était plus la même. Le givre et mes beaux cristaux se déstructuraient pour former de petites gouttelettes de sueur qui perlaient le long de mon corps. J’avais un peu honte de me liquéfier… Puis elle a sorti le Berger Blanc, le sirop d’orgeat, l’eau fraîche, et elle a jouté : « Très bien ! Tu vas refroidir ma Mauresque ! ». Et là, c’était le grand bain d’anis étoilé et d’amande. Alors je me suis senti mouiller. L’alcool mettait tous mes sens en émoi, je transpirais à grosses gouttes maintenant, et je baignais dans le bonheur. Elle m’a emmenée sur la terrasse, au soleil, et je brillais de tous mes feux, donnant l’éclat au liquide jaune et blanc. Elle buvait à petites gorgées, prenant tout son temps, elle me dégustait. Une heure après, j’étais devenu tout petit, et elle me mit dans sa bouche. Elle me suçait, je me mélangeais à sa chaude salive. Mais moi, en vérité, je vous le dis, elle suce pas que des glaçons.

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