Flamenco

Il est assis sur un banc. Pas d’ici, mais d’où ? Paraît un peu perdu. Vous l’observez du coin de l’œil. Et alors ? Elle est asise sur un banc. Elle a trois gros sacs Tatie. Elle farfouille dans le premier, en sort un sac poubelle. Elle farfouille encore, trouve dans le sac poubelle du sac Tatie un sac en plastique bleu, et en sort une boîte de thon. Elle farfouille encore et encore, pendant dix bonnes minutes, mais ne trouve rien. Elle me regarde l’air un peu folle. Elle fait une grimace, détourne le regard, puis illico me regarde à nouveau. …

Il avait pour tout guide un désir téméraire

Il avait pour tout guide un désir téméraire, lorsqu’il lui déclara qu’il avait soif de ses lèvres, qu’il l’embrassait tendrement, qu’il caressait sa joue, qu’il voulait s’aventurer sous un climat tropical dans une jungle humide, qu’il voulait pénétrer son temple Inca en quête de mystères et de trésors cachés, que les cacatoès avaient beau se moquer et les singes lui jeter des cacahuètes, rien n’y ferait, contre vents et marées, il traverserait les océans. Elle lui dit sobrement qu’il avait fait naufrage.

Evasion

Lettre / comédie / amertume / maladroit / visuel / fuite / interpeller / discussion / bondir / terminer D’un geste maladroit, il porta son verre à ses lèvres et aspira la mousse, goûtant l’amertume de ce jour pluvieux et gris. Son champ visuel commençait à prendre la fuite. Que signifiait cette lettre ? Que signifiait cette comédie , ce jour sans pain, ce jour sans elle. Leur dernière discussion l’avait fait bondir hors de ses gonds, et ç’en était terminé. Elle avait exposé ses griefs et interpellé le long d’une lettre de quatre pages et expliquant pourquoi il l’avait déçue, …

Et si j’osais, là, maintenant

Et si j’osais, là, maintenant, prendre mon courage à deux mains, affronter la vie, me battre pour la justice, mettre la joie en étendard, conquérir une prairie fleurie, et passer là l’été, à contempler le soleil suivre sa course sur le monde, du Mashreq au Mahgreb, et voyager en esprit avec lui de l’autre côté de la terre.

Ticket

Blessé / demander / conducteur / cadeau / jeter / idéaliste / vieillir / soupirs / heureux / mains Comme un oiseau blessé, il demanda au conduteur s’il voulait bien lui faire cadeau de son ticket de bus. Celui-ci jeta un œil désabusé à cet idéliste. « Vous feriez mieux de vieillir un peu… » – Vous dites cela parce que vous n’êtes pas heureux… « Vous feriez mieux de faire quelque chose de vos mains, plutôt que de les tendre en quémandnt un ticket. » Il poussa des soupirs… « Je les tend pour demander du travail, mais personne ne m’en donne. »

Le texte fendu

Le texte ci-dessous a été fendu en deux. Il ne reste que la moitié gauche de la première page du roman de Jean-René Huguenin, La Côte sauvage. Saurez-vous compléter la partie droite de ce texte, de telle sorte qu’il devienne cohérent ? Il s’est approché dans le jardin à pas feutrés, s’arrête à quelques pas, regarde au loin puis se retourne ; il se glisse de manière à ce que son visage dans l’ombre s’expose aux pétales bleues des fleurs. Il saisit soudain une branche de l’arbre : la flamme vacille puis s’éteint. « Qui est là ? » dit-elle d’une voix forte Immobile, le briquet …

Mais qu’est-ce que ça signifie ?

Le bonheur, pour toi, qu’est-ce que c’est ? / Que c’est bon de respirer l’air pur de la forêt / Je me demandais bien quelle était la signification de tout ça / Aujourd’hui il fait beau / Je m’étais égaré dans le bois, et j’ai rencontré la hutte de la sorcière Le bonheur, pour toi, qu’est-ce que c’est ? Est-ce que c’est la fortune, est-ce que c’est le printemps, est-ce que c’est l’aventure, est-ce que c’est le voyage en des contrées lointaines, est-ce que c’est puiser l’eau à la source de ton jardin, est-ce que c’est l’amour dans les yeux …

Parallélépipède / La cigale et la fourmi / Lumière / C’est tellement bien / Maman / Frère

Faisant mes devoirs de géométrie, je construisais sur ma feuille à petits carreaux un parallélépipède rectangle. La lumière du jour allait en déclinant, le jour finissait déjà en ce dimanche de novembre. Puis je révisais la Cigale et la Fourmi, pensant à mon argent de poche que je gardais précieusement jusqu’à la prochaine échéance d’achats de friandises. Mon frère faisait son anglais, et j’aurais voulu comprendre cette langue inconnue. Maman préparait un chocolat chaud avec le lait, la crème et le cacao. Do you speak English ? Qu’est-ce qu’il dit, maman ? Je ne sais pas, je ne comprends pas …

L’herbe tendre

Sous le soleil d’avril, je m’étais couvert d’un fil et flânait dans la campagne à travers près. Les moutons paissaient l’herbe tendre et l terre fumait. Les exhalaisons des vapeurs humides faisaient monter la brume le long de la colline. J’étais en pleine ascension pour atteindre le surplomb rocheux au dessus de la vallée. J’y arrivais vers les onze heures, et me sentais perché bien au-dessus des problèmes du quotidien. Le soleil était éclatant, quelques nuages en retard traversaient nonchalamment le ciel, et les oiseaux chantaient et se répondaient pour former les couples d’une saison pour une nichée éphémère. Une …

Mon aventure avec…

Encore une fois je m’ennuyais, et m’en plaignais à ma mère. Elle me dit « Va jouer avec ta sœur », et ma sœur me vit arriver vers elle l’air tout penaud. Elle me proposa : « Viens, on va jouer aux légos ! » Moue boudeuse. « Aux playmobils ? » Dénégation de la tête. Avec un petit sourire amusé « Tu veux jouer à la poupée ? » Je la regardais, l’air incrédule, mais visiblement intéressé. « Allez, viens, on va jouer à la poupée ! ».– « Mais je sais pas y jouer, moi, à la poupée …

L’étranger

Les lieux nous habitent autant que nous les habitons. D’ailleurs c’est quand je suis de passage, quand j’habite temporairement un lieu que je le comprends davantage. C’est quand je suis à l’étranger que tout me paraît délicieusement familier. C’est quand je ne suis pas chez moi que les lieux m’habitent le plus. J’ai choisi pour domicile un lieu qui m’habite peu, un lieu à la campagne, en silence, avec des cloches, quelques cris d’enfants, des chants d’oiseaux, des hululements de chouette, des paysans, des chasseurs et des ouvriers, des routiers en transit, pour ceux qui m’intéressent. Depuis, quand je reviens …

J’ai décidé d’appeler bonheur…

J’ai décidé d’appeler bonheur quand je marche dans une merde de chien du pied droit, quand je brise un miroir, quand je croise un chat noir, quand il pleut des enclumes, quand il m’arrive une tuile, parce que j’ai cessé d’être superstitieux et de croie que le malheur était mon lot.J’ai décidé d’appeler bonheur le croassement du corbeau, car il me ressemble, intelligent pour trouver les moyens de subsistance et ayant la mémoire de ceux qui ont de mauvaises intentions.J’ai décidé d’appeler bonheur les mouches, pour le plaisir de les tuer.J’ai décidé d’appeler bonheur la pluie, parce qu’alors on ne …

Le cœur

« On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » « Fais de ta vie un rêve, et de ton rêve une réalité. » Antoine de Saint-Exupéry, Le petit prince. Comment le cœur voit-il cela ? Ton cœur est une part irréductible de toi-même. Ton cœur est une part imputrescible de toi-même. Ton cœur est une part immaculée de toi-même. Ton cœur est une part intangible de toi-même. Ton cœur ne vacille pas. Ton cœur est un feu qui ne s’éteint pas. Ton cœur est ta demeure. Ton cœur est ton refuge. Accueille le Monde dans ton cœur, invite …

Autour des sculptures d’Alain Lamboley (exposition à l’Hostellerie)

Corps imbriqués, entremêlés, juxtaposés, entassés, masse charnelle grouillante, un homme mord n sein, pelures d’hommes, un homme mord un sein, grain de la terre – grain de la peau, c’est ainsi, à l’horloge du monde, que les hommes se resserrent, se rassemblent, chantant dans le grain de leurs voix la poussière d’étoiles qui ensemença Gaïa. C’est ainsi, à l’horloge du monde, que l’on craint que le temps ne s’arrête. C’est ainsi, à l’horloge du monde, que l’on chante l’espoir d’une seconde réitérée. Le son de l’âme qui émane des tréfonds de nos espaces internes n’est rien autre qu’un silence. C’est …

Disponible

Disponibilité / (Re)connaissance / Accrocher / Écoute /Toucher / Calme / Attention / Silence / Fixer / Compréhension / Bienveillant / Choisir Je ne sais plus comment me rendre disponible. Je cherche dans le silence à écouter. J’entends les bruits de la ville, les moteurs, les travaux, toute cette activité quotidienne à laquelle je ne participe pas. Je suis là, dans le calme, assis sur mon banc, je fixe mon esprit sur la page où j’écris, je suis attentif au moindre mouvement, au moindre cri, à la moindre exclamation. Quand je suis ainsi au monde, le monde est bienveillant. Je …